En parlant de “style bouddhiste”, quelle est la première chose qui vous vient à l’esprit ?
- Face aux difficultés, dites-vous “qu’il en soit ainsi” ?
- Êtes-vous indifférent aux gens qui vous entourent, avec l’expression toute faite “tout est vide” ?
- Ou ne faites-vous tout simplement aucun effort, sentant que la vie est vide de toute façon ?
Avez-vous remarqué que beaucoup de gens utilisent le “style bouddhiste” ou “suivre le mouvement” comme une excuse pour fuir leurs responsabilités ?
Est-ce vraiment de la pratique spirituelle ?
Le Maître Sheng Yen a dit un jour : “Le bouddhisme ne demande pas aux gens d’être passifs ou de fuir, mais plutôt de faire face à la vie plus activement.”
“Lâcher prise” et “Abandonner” sont des choses complètement différentes
“Lâcher prise” et “abandonner” ne diffèrent que d’un mot, mais dans le domaine de la vie, ils sont séparés par de nombreuses dimensions.
| Comparaison | Lâcher Prise | Abandonner |
|---|---|---|
| Essence | Ne pas s’accrocher à ses propres opinions, esprit vaste | Fuite égoïste, peur des ennuis et des responsabilités |
| État Intérieur | Vaste, libre, rempli de douceur | Bloqué, coupable, portant une haine de soi cachée |
| Expression Comportementale | Des mains qui tiennent plus lâchement, mais un esprit plus concentré | Tourner le dos, faire semblant de ne pas voir |
Imaginez une mère qui reste éveillée toute la nuit pour soigner son enfant malade. Une fois l’enfant guéri, son cœur ne s’attarde pas sur “combien j’ai donné, combien j’ai reçu en retour”, mais elle lâche doucement ce dur labeur et va de l’avant.
C’est ce qu’on appelle lâcher prise.
Et quand une autre personne, sous prétexte que “je ne devrais pas m’attacher”, ferme les yeux sur la détresse d’un ami, au fond d’elle, elle a en réalité peur des ennuis, peur de donner et peur de prendre des responsabilités.
C’est ce qu’on appelle abandonner.
L’apparence des deux semble parfois très similaire, tous deux très calmes. Mais la qualité à l’intérieur du cœur diffère de nombreuses dimensions.
Si “Demeurer nulle part” signifie ne se soucier de rien, le Bouddha n’aurait pas eu besoin d’enseigner pendant quarante-cinq ans après son éveil
Beaucoup de gens ne se souviennent que de la première moitié de la phrase, “ne demeurer nulle part”, puis l’interprètent comme “ne se soucier de rien”.
Mais ils oublient la seconde moitié de la phrase : “tout en générant l’esprit”.
Ces deux parties sont une et inséparables.
Si “ne pas demeurer” signifiait vraiment ne se soucier de rien, alors après que le Bouddha a atteint l’éveil sous l’arbre de la Bodhi, il aurait très bien pu continuer à y rester assis en méditation, immergé dans le silence infini du Nirvana.
Mais qu’a-t-il fait ?
Il s’est levé, a marché près de deux cents kilomètres jusqu’à Sarnath, a retrouvé ses cinq anciens compagnons qui avaient pratiqué avec lui, et a commencé son voyage d’enseignement de 45 ans.
La sollicitude de le Bouddha pour un mendiant et sa sollicitude pour un roi n’avaient absolument aucune différence.
Cette personne, qui avait complètement tout lâché, nous a montré à travers toute sa vie ce qu’est l’attention la plus chaleureuse.
Pourquoi le Bodhisattva Guanyin a-t-il besoin de “mille mains et mille yeux” ?
Il n’y a qu’une seule réponse : Parce qu’elle se soucie de chaque souffrance de chaque être vivant.
Si l’on ne se soucie que d’une seule personne, une main suffit ; si l’on n’a besoin de voir qu’un seul type de souffrance, une paire d’yeux suffit.
Mais les “mille mains et yeux” nous disent que l’attention compatissante est infinie, sans qu’aucun être vivant ne soit laissé de côté, ni aucune souffrance ignorée.
Le Grand Vœu du Bodhisattva Ksitigarbha
Le Bodhisattva Ksitigarbha a fait le vœu le plus impressionnant de l’histoire bouddhiste :
“Si les enfers ne sont pas vides, je jure de ne pas devenir un Bouddha ; seulement quand tous les êtres vivants seront sauvés, j’atteindrai la Bodhi.”
Un Bodhisattva qui était déjà qualifié pour devenir Bouddha a choisi de rester dans le lieu de la plus grande souffrance, pour être avec les êtres les plus souffrants.
Ce n’est pas de la fuite ; c’est l’attention la plus absolue.
Qu’est-ce que “l’attention de haut niveau” ?
La vraie pratique spirituelle est “la compassion et la sagesse en double action” ; la compassion est le cœur, la sagesse est l’esprit, les deux fonctionnant simultanément et inséparablement.
| Caractéristiques | Attention Ordinaire | Attention de Haut Niveau |
|---|---|---|
| Motivation | Égocentrique : “je te traite bien, tu dois me rendre la pareille” | Basée sur la compassion : “cette chose vaut la peine d’être bien faite” |
| Conditions | Échange conditionnel | Échange sans conditions personnelles |
| Quand les attentes échouent | Génère de la déception, du ressentiment | Ne souffrira pas parce que les attentes ne sont pas satisfaites |
| Essence | Petit amour généré par l’attachement | Grand amour découlant de la compassion |
La pratique spirituelle n’est pas un processus de soustraction, pas une soustraction d’attention ou d’émotion pour finir par devenir un vide absolu.
C’est un processus de transformation : transformer le petit amour, plein d’égoïsme et de calcul, en un grand amour infini et inconditionnel.
Ce que vous soustrayez, c’est cette attache à l’ego qui vous lie ; ce que vous élevez, c’est ce cœur compatissant qui vous libère.
L’attitude de “Regarder une pièce de théâtre” : Jouez votre rôle sérieusement
Le Maître Sheng Yen nous a donné une méthode spirituelle très pratique à pratiquer :
Considérez les gens, les choses et les événements du monde comme des illusions, des rêves et des pièces de théâtre. Vous jouerez votre rôle actuel très sérieusement, tout en restant très conscient que vous jouez.
C’est une sorte de loisir actif, pas un optimisme aveugle.
- Vous travaillez sérieusement, mais n’êtes pas pris en otage par les évaluations de performance
- Vous investissez votre cœur dans les relations, mais ne laissez pas la réponse de l’autre dicter votre propre valeur
Agissez sérieusement, mais ne vous laissez pas entraîner dans la pièce.
Tout comme un pratiquant voit le monde, il goûte aux cent fleurs, mais ne se complaît pas dans le parfum ; il ressent le vent et la pluie, mais n’est pas submergé par eux.
La vraie signification de “Traverser les cent fleurs sans qu’une seule feuille ne s’accroche”
Il y a un dicton touchant dans le bouddhisme Zen :
「百花叢裡過,片葉不沾身。」
Mais il y a un aspect souvent négligé ici : Le cœur de ce dicton n’est pas “sans qu’une seule feuille ne s’accroche”, mais plutôt “traverser les cent fleurs”.
La pratique n’est pas de se cacher dans un endroit sûr, en s’empêchant de toucher à tout ce qui pourrait tacher, et de se croire ensuite pur.
| Comparaison | Explication |
|---|---|
| Ce n’est pas de la pureté ; c’est de l’évitement | Une personne qui s’enferme dans une pièce vide, sans rien toucher, n’a pas d’attachements. Mais ce n’est pas parce qu’elle est libérée, c’est parce qu’elle n’a rien à quoi s’attacher en premier lieu |
| Vraie Pureté | C’est après avoir expérimenté la tache des cent fleurs, le trempage du monde mortel, et toutes les joies et les peines, de continuer à maintenir la transparence et la clarté intérieures |
Le vrai “non-attachement” consiste à ne pas s’accrocher même s’il y a d’innombrables choses auxquelles s’accrocher.
C’est, dans l’amour le plus intense et la souffrance la plus profonde, de continuer à maintenir la liberté du cœur.
Rester doux après avoir lâché prise
La douceur après avoir vu clair est l’amour véritablement mûr.
Ce genre d’amour n’est plus déçu par l’imperfection de l’autre, parce que vous savez que rien n’est parfait.
Il ne souffre plus de l’évanouissement de la possession, parce que vous savez que la possession a toujours été temporaire.
Il ne ressent plus de ressentiment parce que donner n’a pas de retour, parce que vous comprenez que donner soi-même est une forme de plénitude ; il n’a pas besoin de retour pour se rendre complet.
La pratique n’est pas dans les montagnes profondes ; elle est au moment même où vous poussez la porte de la maison, posez le téléphone et accompagnez votre famille de tout cœur.
Elle est au moment même où vous affrontez les revers professionnels sans fuir ni résister.
Traversez courageusement le monde mortel, aimez et supportez de tout votre cœur, puis restez doux après avoir vu clair dans tout.
C’est le plus haut niveau du lâcher prise.